La Corse, montagne dans la mer, offre plusieurs dizaines de sommets à plus de 2000 m d’altitude. Le plus haut d’entre eux, Monte Cinto, est situé dans le nord de l’ile, entre les vallées d’Asco et du Niolu. Il culmine à 2706 m. La randonnée proposée ici présente le parcours pour l‘ascencion du Monte Cinto par sa face nord, depuis la vallée d’Asco.

La randonnée représente 1450 m de dénivelé positif. La distance totale parcourue est de 10.7 kms aller-retour.
Quelques images de l’ascencion sur Toc2photo…
On dit communément que 2000 m dans l’Ile de Beauté valent 3000 m dans les Alpes.

Je ne conseille pas cette randonnée aux personnes sujettes au vertige, au pied non assuré, rechignant à « mettre les mains », manquant de préparation physique…autant le dire, c’est n’est pas une promenade de santé, le plus haut sommet de Corse se mérite ! Le jour où je l’ai monté pour la première fois, 39 personnes sur 52 ont atteind le sommet (quand meme) : une douzaine avec une relative facilité (3h45 !), les autres au prix d’un effort qui forçera l’admiration ! Ah oui…deux paires de chaussures ont fini coupées en 2, usées par la rocaille.
On rejoind la vallée d’Asco depuis Ajaccio ou Bastia en passant par Ponte-Leccia. L’embranchement vers Asco se situe 2 kms après ce bourg, charnière entre la Balagne, la région de Bastia et le Cortenais. La vallée d’Asco, c’est un peu le bout du monde de la Corse. Après quelques kilomètres dans une charmante campagne encadrée, on rejoind les très jolies gorges de l’Asco à la pierre fonçée. Sur les flancs des montagnes on découvre de très beaux pins Lariccio, les racines plantées dans les pentes raides et arides. On passe ensuite le village d’Asco avant d’atteindre la station de ski d’Asco à 1420 m par une route sinueuse montant dans la forêt de pins. Cette station est une halte du GR20 et propose de multiples gites et dortoirs ainsi que le couvert si nécessaire. Ici aussi, l’activité ski a cessé depuis des années.
Le départ se situe sur le parking devant le gite, signalé par des pancartes. Nous avons choisi un départ matinal, à la lueur des frontales.

Le début de l’excursion tient plus de la ballade qu’autre chose et fausse les impressions des marcheurs qui, grisés par la fraîcheur du matin, courent presque à travers un paysage magique de pins Lariccio centenaires. L’occasion d’approcher de prêt ces vénérables ancètres (au retour !). On franchit un ruisseau avant de sortir de la forêt.

Au loin, vers le sud, se profile un cirque impressionnant de pics hostiles. L’avancée sur ce chemin plat donne l’impression de se rapprocher d’un mur ! 1,5 Kms en faux plat sont rapidement avalés, avant d’arriver sur la passerelle qui franchit un dernier ruisseau. C’est à partir de cette passerelle que l‘on s’aperçoit qu’il va falloir payer ce moment de répis…

L’ascencion débute sur des dalles rocheuses dont le principal danger est la présence de zones mouillées et très glissantes, à éviter absolument !
On aborde ensuite la première difficulté technique du parcours : une sorte de mini-cheminée, où il faut mettre les mains et bien assurer les appuis des pieds. Une première difficulté qui stoppera ici l’accès aux moins adroits. L’ascencion se poursuit sur le chemin évident qui continue sur le granit. Une deuxième passe un peu technique nécessite encore une fois l’usage des mains, mais avec moins de difficulté…

La trajectoire s’infléchit franchement vers l’est et laisse entrevoir la vallée roccailleuse que nous allons devoir parcourir. Tout autour le paysage devient de plus en plus minéral malgré la présence de quelques aulnes. Devant nous un rocher singulier se détache du paysage : la Tour Penchée à 2116 m, que Pise nous a copié !

Après, devinez : çà monte, encore et encore ! Le chemin devient plus roccailleux et la difficulté de la progression est accentuée par les cailloux qui roulent sous chaque pas. Les batons de marche sont alors d’un précieux secours, notamment sur de longs parcours comme celui-ci.
Monte Cinto apparait alors. Il est là, devant nous, avec ses flancs nord à l’ombre couvert de lichens vert fluo, presque à portée de main, avec sa crête massive se détachant sur le jour levant.

Le rythme soutenue imposée par l’équipe de la Santamariaccia qui nous encadre ne faiblit pas. Néanmoins on atteind bientôt un petit plateau qui nous permet de reprendre quelques forces avant l’attaque finale du sommet. Devant nous se profile le dernier verrou qui nous sépare du Lac d’Argent, une pièce d’eau au pied du Cinto. L’entourage ici est minéral, le granit à la teinte rougeatre et le silence accentuent l’ambiance martienne du lieu. L’endroit est encore à l’ombre en ce début de matinée. Au sud les chaines de montagne se détachent, on commence à dominer un paysage impressionnant.

Il faut repartir vers le sud sur le chemin qui s’accentue et devient plus glissant sous les pieds. Néanmoins, pas de danger particulier sur cette portion.
On distingue bine sur la droite du sommet le chemin qui va rejoindre le Cols des Eboulis, entre Monte Cinto et la Pointe des éboulis. Comme le nom l’indique, ce sont les éboulis qui vont rythmer la montée ! On longe un mur de granit couvert de lichen fluo, l’occasion d’examiner cette forme étrange de vie collée à la paroi. Cela s’accentue encore plus mais le col est là, on le voit !

L’arrivée au col n’a pas produit l’effet magique de délivrance que l’on ressend habituellement . Ce jour-là, les nuages couvrent le reste du sud de l’ile et ne permettent pas de profiter pleinement du panorama. Quelques trouées permettent d’apercevoir au loin la retenue d’eau de Calaccucia tout au plus. Néanmoins, l’ambiance est très montagnarde avec la roche nue, les nuages léchant la paroi et le vent qui se fait sentir. à l’ouest se profile l’imposante et magnifique Paglia Orba, mais pas sous son meilleur profil ! La reine des montagnes corses fait partie de la chaine du Cinto.

Grisé par l’arrivée au col et le sommet tout proche, on pense qu’il ne reste plus grand chose à parcourir. Je ne sais pas encore que je vais souffrir ! En effet, la dernière partie du chemin vers Monte Cinto est une succession de montées et descentes usantes dans la roche et à plus de 2500 m d’altitude. On progresse sur le versant sud de la montagne pour se diriger progressivement vers le sommet. On rencontre une très grande variété de roche volcanique, allant du rose tacheté de noir au violet en passant par le vert pale.

Une montée finale d’une centaine de metres permet de rejoindre enfin le sommet avec son petit plateau orné d’un énorme cairn. Une croix en bois décore le sommet. L’ascension avait pour but principal d’amener au sommet de l’ile la reproduction d’une toile du maître japonais Morio Matsui, avec l’association Marie-Do de lutte contre le cancer. Un beau geste collectif et une perfomance pour la douzaine de courageux ayant gravi le sommet en 3h45. Trois autres vagues de marcheurs suivront, et on lira à chaque fois sur les visages la même satisfaction du dépassement de soi, masquant avec peine la fatigue pesant sur les mollets à 2706 m d’altitude ! C’est une grande fierté pour tous ceux qui gravissent Monte Cinto pour la première fois. Le panorama est époustouflant malgré la météo un peu capricieuse ce jour-là. on Distingue Calvi et son aéroport au loin, et la station d’Asco, dont nous venons, toute petite !


La descente par le meme chemin permet d’apercevoir des détails non perçus à l’aller : un morceau du lac du Cinto, la pièce d’eau du Lac d’Argent. La principale difficulté dans la descente est liée aux nombreux éboulis qui rendent la progression glissante et éprouvante pour les genoux et les chevilles, alors que la fatigue se fait sentir. Elle ne manquent pas d’attrait si on reste concentré. Suivant l’adage “il n’y a pas pas de bons montagnards…il n’y a que de vieux montagnards”, je suis les pas des anciens (+ de 70 ans pour certains !) pendant la descente, copiant les prises, les endroits ou poser les pieds, le rythme, l’equilibre du corps sur la pierre.
Une halte gourmande au Lac d’Argent permet de découvrir cette merveille de petit lac. Le Cinto se reflète sur sa surface calme et translucide. Il doit faire à peu près une vingtaine de metres de diamètre, dans son écrin de pierre. Mais la température de l’eau est devenue bien fraiche pour permettre la baignade ! Le lac est une halte idéale pour les personnes n’ayant pas la préparation physique pour le reste de l’ascension.
Le reste de la descente permet de se confronter aux difficultés techniques rencontrées à l’aller. On fait usage des mains, (ou des fesses !) pour descendre en toute sécurité. La difficulté principale tient au maintien de la vigilance et de la concentration en étât de fatigue. La chaleur s’accentue progressivement. Le retour dans la forêt de pins Lariccio est magnifique, ceux-ci étant, cette fois-ci, bien éclairés par la lumière du jour. Leur tronc gris massif soutient un énorme parasol végétal d’un vert émeraude saisissant. L’auberge nous accueille enfin, il est temps d’aller se réchauffer !

Télécharger le parcours pour IGN Rando












Les animaux domestiques sont omniprésents (du moins en été) : veaux, vaches (et taureau), cochons, cheval, brebis (sur les hauteurs), chien de berger…un vrai bestiaire ! Il n’est pas trop compliqué d’avoir, sur la même photo, un représentant de chaque espèce ! On y trouve aussi quelques oiseaux qui nichent aux alentours, et, la nuit, sangliers et renards. Tout ce petit monde piètine les pelouses en évitant notamment l’envahissement du site par les aulnes ou autre végétation, ce qui a finalement un effet de sauvegarde.






