
La tour de Turghiu fait partie des nombreuses tours génoises que l’on trouve tout au long du littoral de l’Ile de Beauté.
Ces édifices ont été construits à partir du XVI° siècle pour permettre la surveillance de la Mer Méditerranée et l’alerte de l’ensemble de la population de l’ile.
Grace à des signaux de feux et fumées et à un placement judicieux de ces 85 tours, l’ile pouvait etre avertie en quelques heures de l’arrivée d’envahisseurs sur ses rivages. Aujourd’hui 67 d’entres elles sont encore debout, grace notamment à un programme de restauration.
Capo Rosso marque la frontiere sud du golfe de Porto, sur la côte ouest de la Corse. Ce promontoire conique de granit rose surplombe la mer de 330 m, vigie idéale où est installée la tour génoise. Cette randonnée propose de rejoindre la tour de Turghiu pour aller y admirer le point de vue exceptionnel dont pouvaient profiter ses gardes.
Le parcours est simple et relativement facile, pourvu que la chaleur ne soit pas trop prononcée. La maquis n’offre en effet que très peu d’ombre pour se protéger. Aussi est-il préférable, comme pour les autres ballades le long du littoral, de choisir le printemps ou l’automne. Ne pas négliger l’emport d’eau.
560 m de dénivelé et 7 kms en tout, compter 3h30 pour l’aller-retour.

Le point de départ se situe au lieu-dit Guardiola. Rejoindre le village de Piana, à 70 kms au nord d’Ajaccio. Arrivé au village, prendre la D824 au niveau de la place de l’église, vers Arone et la plage de Ficaghiola. La route “survole” le golfe de Porto de 400m et annonce déjà le spectacle ! On arrive à un petit parking en terre avec une buvette.
On distingue dès le départ la topographie et le but à atteindre : au loin le profil agressif de Capo Rosso coiffé de sa tour se détache sur le bleu de la mer. Le chemin trace à travers le maquis plus ou moins dégarni.

Le sentier caillouteux débute au fond du parking. Il se dirige vers l’ouest sur la face sud de Capo Rosso, en descend progressivement. Le profil de la randonnée est particulier mais typique des sentiers de bords de mer : la Corse étant “une montagne dans la mer”, il n’est pas rare de débuter les randonnées littorales par une descente.
Dans notre cas, la descente va se prolonger pendant 2,5 kms et 250 m, puis remonter de 270 m sur 1 km. Autant dire que la dernière montée est particulièrement éprouvante !
Le paysage du golfe de Porto est caché par l’arête nord de Capo Rosso, aussi le regard se porte-il plus volontiers vers le sud.
Au premier plan, les eaux turquoises offrent un lieu idéal de mouillage pour les plaisanciers. Les bateaux présents semblent léviter au-dessus de la surface de l’eau cristalline. Les alentours sont sauvages, peu ou pas de constructions. Le vent irrise la surface protégée du golfe tandis que les courants dessinent leurs arabesques sur la surface de l’eau. On perçoit le changement progressif de la teinte du granit de la côte, passant du gris au rose caractéristique du golfe de Porto. Le maquis au vert sombre recouvre le relief hostile de la côte, peux d’endroits permettent l’accostage. Punta a i Tuselli cache la très belle plage d’Arone. Au loin apparait la tour voisine d’Orchinu, se détachant sur la crête de son cap. On comprend alors la logique d’implantation des tours les unes par rapports aux autres, chacune restant en vue de ses soeurs au sud et au nord.

Pendant la descente on entre à nouveau dans le Parc Naturel Regional de la Corse. On prendra soin de refermer les barrières franchies.
On débouche bientôt sur une petite clairière où est installée une petite bergerie qui a été restaurée ces dernières années. Juste à coté on trouve une aire de battage à blé. Les environs dégarnis gardent les traces d’exploitation agricole, quelques vaches paissent tranquillement.
C’est le moment de faire une pause avant d’attaquer le plus dur de la randonnée, la monté finale à la tour.
Sur la photo suivante on distingue bien le chemin montant jusqu’au sommet :

On passe sous quelques arbres avant de quitter le maquis et d’attaquer le granit de Capo Rosso. La tour disparait derrière le sommet.
La montée à 30% est rude, et tire sur les mollets. Elle peut etre difficile sous le soleil et la chaleur.
On suit ce qui semble etre le lieu d’écoulement des eaux de pluies, en s’aidant des pierres plates présentes ici et là.
Un coup d’oeil en arrière permet de mesurer le travail déjà accompli et d’accompagner du regard les quelques oiseaux marins profitant du relief et de la brise maritime pour planer et narguer les rampants.
Les cairns annoncent l’arrivée à mesure que l’on se rapproche du sommet. La végétation se fait plus rare sur le granit.
On a l’impression de monter sur le dos d’un monstre de pierre. Le panorama sur la mer est impressionnant.
Le chemin oblique un peu vers la doite et on aperçoit finalement la tour qui se détache sur le ciel :

De forme cylindrique, sa structure massive semble surgir du granit en se fondant avec harmonie dans le paysage.
Il faut à cet endroit etre particulièrement vigilant, notamment avec les enfants en ne les laissant pas partir devant en courant : les abords de la tour sont dangereux, car non protégés par des barrières. C’est en arrivant au pied de la tour que la récompense des efforts accomplis apparait alors aux yeux.

L’à-pic est impressionnant : la tour est construite à 4 ou 5 m de la falaise verticale, et un vide digne de la Tour Eiffel nous sépare de la surface de l’eau en contrebas. Il n’est pas conseillé aux personnes sujettes au vertige de trop s’approcher ! On domine Capu Rossu et on distingue bien le chemin que nous avons emprunté à l’aller.
On peut observer le versant nord du cap dont le découpage abrupt contraste avec le versant sud que l’on a parcouru, comme si le cap avait été coupé en deux sur sa longueur. L’ensemble du golfe de Porto s’etale sous nous yeux avec, tout au fond, la tour carrée de Porto dominée par Capu d’Ortu. Au nord apparaissent Capu Seninu et la presqu-ile de la Réserve de Scandola.
Un escalier de pierre permet de rentrer dans la tour. La salle de repos comporte une fenêtre donnant vers l’est et Porto, une grande cheminée et un escalier montant vers le sommet de la tour. On emprunte l’étroit escalier de pierre aux marches hautes.
On arrive alors à la terrasse de la tour, entouré d’un petit parapet où on peut s’asseoir. De là-haut le panorama à 360°, et il est difficile d’imaginer un intrus echapper à la vigilance des gardes ! La tour de Turghiu est l’une des plus hautes et les plus à l’ouest du littoral Corse. Elle devait constituer à l’époque une place stratégique de choix. Attention au retour en réempruntant l’escalier de bien réhabituer ses yeux à l’obscurité, au risque de rater une des hautes marches !

Un petit chemin partant vers le sud permet (avec un peu d’escalade) de rejoindre le mamelon rocheux défiant la tour à 100 m au sud-est.
De là-bas le point de vue permet d’admirer la tour et le paysage alentour et de se rendre compte de l’aplomb vertigineux sur lequel elle est construite.

Le retour se fait par le même chemin.
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